L'événement
LA NUIT DU CIRQUE
UN SOUFFLE LIBRE, UNE ÉNERGIE PARTAGÉE
Il y a quelque chose d'irrésistible dans le cirque.
Un appel. Une force d'attraction qui traverse les formes, les esthétiques, les territoires. Qui attire les corps et les regards, les artistes et les publics, les audacieuses et audacieux, les curieuses et les curieux.
Des pistes rondes et des scènes nues. Des chapiteaux, des plateaux de théâtre, des salles des fêtes ou des lieux inédits, au cœur des villes ou en plein champ. Des corps qui volent, qui cherchent, qui doutent, qui renversent. Des écritures intimes, des spectacles qui débordent, du risque, de la grâce, de la résistance.
Le cirque de création n'est pas un genre. C'est un mouvement. Une constellation de gestes, artistes, lieux, compagnies, écoles, publics, chacun portant sa propre lumière, chacun en orbite autour d'un même désir : faire de l'art un espace vivant, populaire et exigeant, sensible et politique.
La Nuit du Cirque, c’est le moment où cette constellation s'embrase.
Partout en France et dans quatorze pays. Des milliers de gestes qui convergent, gravitent, s'allument ensemble.
Une attraction irrésistible.
Soyez du mouvement !
Événement international initié et organisé par Territoires de Cirque avec le soutien du ministère de la Culture en France, en collaboration avec l’Institut français, Circostrada, BUZZ et Forum Neuer Zirkus (Allemagne), ProCirque (Suisse), Circuscentrum (Belgique), l’Association tchèque de cirque contemporain – Asociae nového cirkusu (République Tchèque), CircoRED - Federación Estatal de Profesionales de Circo (Espagne), Circus & Dance Finland, le réseau Grand CIEL, la Fédération Française des Écoles de Cirque (FFEC), la Fédération Européenne des Écoles de Cirque professionnelles (FEDEC) et Clowns Sans Frontières France (CSF).
Entretien avec
Delphine Poueymidanet, secrétaire générale de Territoires de Cirque
et Gaëlle Lecareux, directrice du Théâtre ONYX, scène conventionnée de Saint-Herblain et vice-présidente de Territoires de Cirque
Chaque Nuit du Cirque est plus dense et plus profonde que la précédente. Dans le contexte de crise qu’ils traversent, comme l’ensemble du spectacle vivant et des services publics, les arts de la piste offrent de précieux espaces de résistance dont se fait l’écho la 8ème édition de cet événement porté par l’association Territoires de Cirque (TDC). Plutôt que par la force, par la performance ou encore par des formes frontalement politiques, c’est souvent par la revendication de la fragilité que s’exprime, lors de cette Nuit, la lutte du cirque contre l’ordre inquiétant des choses. Dans un esprit de coopération toujours plus fort, l’imaginaire se déploie aussi cette année comme un refus de céder au découragement.
Malgré un contexte déjà difficile, du fait notamment des coupes budgétaires, la précédente Nuit du Cirque (NDC) a poursuivi la progression spectaculaire que connaît cet événement depuis sa création en 2019. À quoi tient selon vous ce beau succès à contre-courant de l’époque ?
Delphine Poueymidanet : Nous étions assez inquiets l’an dernier à TDC en lançant l’appel à participation à la Nuit du Cirque, mais le rendez-vous a dépassé nos attentes. Avec 368 propositions artistiques différentes sur le territoire et plus de 75 000 spectateurs, ainsi que 19 pays participants, la NDC s’est plus que jamais imposée comme un temps fort majeur pour ce champ artistique dont l’attractivité dépasse de loin cet événement que nous portons avec le soutien du ministère de la Culture et l'appui de partenaires nationaux et internationaux.
Gaëlle Lecareux : Le succès du cirque auprès des publics est en effet très grand. Je l’explique en partie par le fait que cet art revient à des formes festives et à un important travail du corps après une mode de la pièce plus réflexive ou documentaire. Cela sans renier son exigence artistique. Le grand effort que font les professionnels des arts du cirque pour maintenir une diversité de formats et d’esthétiques en dépit du contexte est aussi pour beaucoup dans l’attrait persistant du public pour cette discipline. La NDC prouve que les artistes sont loin d’aller uniformément vers des formes minimalistes. Je ressens au sein du milieu circassien une profonde conscience de la nécessité de maintenir une ambition formelle, de continuer de créer des grands formats, notamment des spectacles sous chapiteau qui sont des modèles en matière de démocratie culturelle.
Cette année davantage encore que les précédentes, des coopérations se sont mises en place au sein de plusieurs régions. Cette pratique vertueuse explique aussi la capacité de la NDC à rayonner sur le territoire.
D.P. : Dès l’origine, différents lieux tels que Le Plongeoir – Pôle National Cirque (PNC) du Mans, Le Théâtre ONYX à Saint-Herblain que dirige Gaëlle ou encore La Cascade – PNC, à Bourg-Saint-Andéol ont commencé à fortement éditorialiser la Nuit du Cirque, en en faisant une occasion d’inventer des formes singulières de rencontre entre artistes et spectateurs. Et depuis l’an dernier s’est amplifiée de façon très nette une logique de coopération entre structures d’une même région, ce qui fait passer l’éditorialisation à une autre échelle. On peut par exemple observer le phénomène en Ille-et-Vilaine autour de Ay-Roop, la Scène de Territoire Arts de la piste implantée à Rennes, dans la métropole lyonnaise autour du PNC UTOPISTES – Cité internationale des arts du cirque ou encore à Toulouse avec La Grainerie - Fabrique des arts du cirque, le centre municipal des Arts du Cirque Le Lido et l’Ésacto Lido – École Supérieure des Arts du Cirque. Ces associations de structures qui ne sont pas toutes dédiées strictement au cirque permettent à celles qui sont fragilisées de retrouver de la force. Les tournées locales qu’elles organisent pour certaines permettent une permanence artistique qui démultiplie les occasions de rencontre autour d’une même pièce ou du répertoire plus large d’une compagnie. Elles répondent aussi à des impératifs économiques et écologiques sur lesquels le secteur réfléchit beaucoup. Cela d’autant plus que la multiplication des épisodes de canicule est particulièrement violente pour des artistes dont la pratique physique est intense.
G.L. : Cet esprit de mutualisation est une formidable réponse à la situation. Une autre des réponses vient des artistes eux-mêmes, avec il me semble un retour à l’ADN du cirque : un lien très étroit, très immédiat avec les publics.
La magie nouvelle et le clown sont cette année parmi les disciplines vedettes de la NDC. Peut-on y voir un autre signe de ce retour du cirque à ses fondamentaux ?
D.P. : Le clown et la magie nouvelle semblent en effet prendre le relais des formes autobiographiques et des cabarets circassiens dont nous observions ces dernières années l’important développement à travers la programmation de la NDC. À Châlons-en-Champagne par exemple, le Palc – PNC, le Centre National des Arts du Cirque, La Comète – Scène nationale et le Réseau des musées de Châlons-en-Champagne s’allient comme chaque année pour concocter une « Nuit magique ». Parmi les nombreux spectacles de clown de la programmation, on peut citer par exemple Aux innocents les mains pleines de la compagnie Et vous en vivez ? à La Renaissance à Mondeville et Clown à l’état brut de Rui Paixão aux SUBS à Lyon. Une « Soirée catastrophe » est proposée au Théâtre de La Bertoche au Mans avec des cours publics et des numéros par l’école de cirque Openclown. TDC formalise aussi à l’occasion de cette Nuit un partenariat avec Clowns Sans Frontières qui existe déjà de longue date dans les faits : des artistes, des compagnies, des trajectoires se croisent depuis longtemps sur les terrains de la création et de la solidarité. Bon nombre de nos structures travaillent déjà avec cette association artistique de solidarité internationale. Nous partageons la conviction que l’art n’est pas un luxe mais une nécessité humaine, une ressource essentielle surtout dans les contextes les plus fragiles. Le retour en force du clown me paraît aller de pair avec l’expression d’une dissonance.
G.L : La présence et la parole du clown sont en effet fortement singulières. Elles peuvent être trash. Elles opposent aussi une résistance farouche à l’ère du temps. Si cet art ainsi que la magie ne sont plus pratiqués aujourd’hui de manière traditionnelle mais sans cesse réinventée, ils sont toujours porteurs d’un désir de création d’univers nouveaux que l’on peut voir comme des formes de résilience. Puisque nous sommes en pleine catastrophe, les circassiens ont troqué leurs discours préventifs pour des formes d’accompagnement vers le bien-être ensemble, le prendre-soin. Les crises actuelles éprouvent les corps et le cirque est un espace où peut se travailler un refus collectif des violences et aliénations.
Plutôt que par la force et la performance, c’est par la fragilité que s’exprime le plus souvent ce refus des compagnies.
D.P. : Par son ampleur et la diversité de sa programmation, que chaque structure construit en toute liberté, la NDC permet de mettre en avant ce type de tendance. C’est passionnant ! La fragilité, dans bien des propositions, est appréhendée comme une force nouvelle. Je pense à Pauline Dau, dont on pourra découvrir la nouvelle création Santa, ce qu’il me reste de la Corse à L’Antichambre à Mordelles dans le cadre de la NDC coordonnée à Ay-Roop. Nous avons là le récit d’une personne de 40 ans qui s’interroge sur la place de la femme dans une société encore largement dominée par les hommes. En parlant de son corps de circassienne, de son métier, elle bouscule les idées reçues sur celui-ci. Le Témoignage de la Chimère, de la compagnie Charge Maximale de Rupture, s’attache à sonder la frontière entre attachement et appartenance, et montre que la coexistence n’existe que lorsqu’elle accepte l’imperfection. Le spectacle sera donné au Théâtre Mansart, à Dijon. Avec la création Seuil de la Compagnie Inéluctable, programmée par 13ème Sens à Obernai, les corps tissent le vocabulaire de la relation – tenir, se lâcher, soutenir, se relever – et le lien aux absents qui continuent de nous accompagner. Et la Mondiale Générale, avec le spectacle En liesse qui sera proposé à Rennes au Milieu, érige la joie en nécessité vitale. Dans un monde en crise, elle est un acte de résistance. La question du genre et la revendication d’identités fortes et singulières est aussi au cœur du travail du Cirque Queer, dont la création collective Le Premier artifice se jouera lors de la NDC au Parc des Chantiers à Nantes.
G.L. : Ces résistances ne sont pas révolutionnaires, mais plutôt ancrées dans un mouvement de fond. C’est aussi le cas de la compagnie SPPI – Société Protectrice des Petites Idées à qui je donne cette année les clés de ma Nuit à ONYX. En accueillant plusieurs spectacles de cette compagnie de cirque forain un peu foutraque, dont la poésie se situe à la lisière de la danse et des arts de la rue, et en l’invitant à programmer elle-même d’autres artistes, je souhaite partager avec toutes celles et ceux qui seront présents la réalité d’un cirque en pleine évolution. J’aime beaucoup l’humour corrosif et l’adresse très directe au spectateur avec lequel la SPPI dénonce les dérives du capitalisme.
En 2023 TDC lançait un Fonds, dispositif coopératif de soutien à la création circassienne contemporaine. Cette Nuit en donne-t-elle à découvrir les résultats ?
D.P. : Tout à fait. Depuis le lancement de ce Fonds, qui comprend une catégorie « grand format » et une « petit format », les spectacles lauréats ont été pour la plupart programmés dans la NDC, ce qui prouve bien la cohérence et l’utilité du dispositif. TRAXXx de CirkVOST, lauréat « grand format » 2025, se jouera cette année au Parc des expositions d’Alès. TDC a aussi lancé en 2025, à l’initiative des PNC, le dispositif « Les Grands Plateaux du Cirque » afin de pallier la difficulté actuelle de produire des spectacles de cirque grand public destinés aux grands plateaux de théâtre. La compagnie SCoM – Coline Garcia l’a remporté avec Hyperboles dont la création est prévue pour janvier 2027. C’est tout ce travail mené à l’année qui contribue à l’ampleur de la Nuit dont la dimension internationale ne cesse aussi de se développer. En 2026, tous les pays qui participaient l’an dernier réitèrent l’aventure de la Nuit, et sont déjà au moment où nous nous parlons rejoints par l’Écosse, l’Italie et l’Espagne où le réseau CircoRED coordonnera l’événement à l’échelle nationale comme le fait TDC en France et d’autres structures dans d’autres pays comme l’Allemagne, la Belgique, la Suisse, la République Tchèque et la Finlande.
Voir que notre modèle de coordination, parce qu’il est souple et léger, peut se développer ailleurs sous des formes proches mais avec des spécificités locales est très stimulant pour nous. La Nuit du Cirque a produit une coopération réelle entre pays. Elle est en mouvement permanent, à l’image du cirque qui ne cesse de surprendre et de déjouer les attentes.
Propos recueillis par Anaïs Heluin
Delphine Poueymidanet
Secrétaire générale de Territoires de Cirque,
direction éditoriale et coordination de la Nuit du Cirque
Assistée par
Tania Reyes
Attachée à la coordination et
à l’administration de Territoires de Cirque
Illustration
Dugudus — dugudus.fr
Design graphique
Théo Scheid — theoscheid.com
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Adrien Goua — adriengoua.com
Salomé Macquet — salomemacquet.com
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